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1879 est une année charnière : trois hommes vont s'illustrer et initier de nouvelles pratiques. C'est d'abord le comte Roger de Monts qui se manifeste par une ascension inédite : le 12 mars, il réalise la première hivernale de l’Aneto avec V.Paget de Héas et B.Courrèges de Luchon. Pour Béraldi, l'ascension fut facile même s'ils trouvèrent la neige dès la sortie de Luchon. Après Russel au Vignemale en 1869, de Monts renoue ainsi avec les ascensions hivernales. Issu d’une vieille famille béarnaise et bigourdane, de Monts vit dans le Gers. Béraldi le décrit comme « un montagnard à barbe noire, homme jeune, doux, calme, mystérieux, très allant; la carrure, l'aspect tranquille et résolu à froid d'un grand guide de Zermatt ». Le 1er janvier 1876, il était déjà monté au pic du Midi avec Gourdon pour fêter le jour de l'an avec Nansouty. Ce fut le point de départ d'une vocation pour les ascensions d'hiver dont il fera sa spécialité. L'année 1879 est surtout mémorable par une réalisation qui marque la naissance du pyrénéisme sportif : le 12 août, Brulle et Bazillac ("deux autres qui n'en font qu'un" comme dit Béraldi) font le Couloir du Clot de la Hount avec P.Bordenave et Sarettes de Cauterets. Cette course est de très loin plus difficile que toutes celles jusqu’alors réalisées. Henri Brulle (1854-1936) est notaire à Libourne, il présente « une aimable et sympathique figure de pur français : moustache d'officier, œil clair. Vous jureriez un jeune capitaine d'alpin ». Il avait découvert la montagne a 20 ans, en 1874. Lors d'un séjour à Cauterets avec sa mère, il était monté au Vignemale avec de Saint-Saud, de Lafitte et les guides Sarettes et Latapie. Ils étaient descendus par l'itinéraire oublié du prince de la Moskova. Il récidive en 1877 au pic du Jer avec Saint-Saud et Duguit. Toujours avec Saint-Saud, mais aussi Brisson et les guides Pujo et Pontis de Barèges, ils vont de Barèges à Gavarnie par le Néouvielle et le Pic Long. « Pyrénéisme pittoresque et à la Russel » qui demande de bonnes jambes avec des journées de 11 à 12 h de marche. Brulle en laisse le récit dans le bulletin de la section SO de 1878. Il remarque notamment « que le temps semble court, là-haut, à contempler ces sauvages merveilles, et que l'on plaint ceux qui n'osent y venir par crainte de dangers presque toujours imaginaires ou de quelques fatigues bien vite oubliées ! ». Viendra vite le temps où il ne grimpera plus malgré le danger mais pour le danger… Cette année 1877, il participe aussi à la fondation de la section SO du CAF avec Paul de Laffite et de Saint-Saud. L’année suivante, en 1878, il rencontre Bazillac que lui présent Mr Maumus, un ami de sa famille. Pour Béraldi, Bazillac (1856-1928), banquier à Mirande, est « un garçon pâle, aux traits fins et délicats, belle barbe châtain, l'air anémique, extrêmement musclé et vigoureux, de toute première force à l'escrime; entrain méridional, très spirituel, de goûts raffinés, et bibliophile. Montagnard énergique ». « Il a pris goût à la marche pendant son volontariat aux chasseurs à pied ». Maumus avait grimpé avec Bazillac au pic d'Enfer en 1876 et, en février 1878, au Pic du Midi. Selon lui « il avait la souplesse, les nerfs, la volonté et l'enthousiasme » et il était « digne de Brulle ». Tous trois font l’ascension de L’Ardiden avec P Bordenave et Jentun. Puis Brulle et Bazillac, accompagnés de Sarettes et Bordenave, partent pour une campagne de 8 jours qui les méne au Balaïtous, au Pic d’enfer et au Mont Perdu. De retour à Gavarnie, en descendant par les Sarradet, ils rencontrent Célestin Passet. "Telle fut la première campagne de Brulle et Bazillac! Noms maintenant inséparables. Les frères siamois du casse-cou. Les voilà partis pour la chasse au danger". Elle débute donc en 1879 avec leur fameux Clot de la Hount . On peut dire qu'ils initient alors un autre pyrénéisme, celui de la difficulté. Le pyrénéisme classique, celui de Russel ou de schrader n'est pas mort pour autant, il n'est simplement plus omniprésent. « La partie sportive de l’escalade prend le pas sur la partie romantique et contemplative". Russel les surnommera « les contorsionnistes, les casse-cou ». On peut s'interroger sur ce qui pousse les montagnards à affronter les dangers ? Les premiers ascensionnistes étaient monté malgré les difficultés, malgré le danger, poussé par l'attrait de la découverte. C'était le prix à payer... On a ensuite accepté le danger pour pouvoir « contempler ces sauvages merveilles ». C'était sa seule justification… Mais bientôt, dans le sillage de nos deux "casse-cou", d'autres monteront pour les difficultés et le danger. Pourquoi ? Désir de se surpasser, vanité, esprit de compétition ? Sans doute un peu tout cela. Ici, dans les Pyrénées, se retrouve aussi la volonté de se comparer avec les Alpes. Pour Béraldi les Pyrénées s'étaient déjà sont retrouvées grandies par la plume de Russel; « d'autres aussi ont voulu grandir les Pyrénées de mille mètres, les égaler aux Alpes. En y pratiquant l'alpinisme… » Bien sûr, comme Russel beaucoup fustigent ces acrobates mais, comme l'écrit Béraldi, « la conquête de la montagne est un fait de sublime acrobatie ». « Le premier qui força sa jambe à dompter un rocher de cinquante centimètre commença l'acrobatie, le reste ne fut que question de degré? ». Les arguments des opposants semblent donc bien creux. Il a faut les accepter les alpinistes. Béraldi leur demande simplement de bien écrire… Aujourd'hui, cette condition littéraire semble dépassée. On admet l'acrobate s'il ne confond pas danger et difficulté. Les premiers (qui affrontent la difficulté) seraient vertueux, lucides, prudents, les seconds (qui recherchent le danger) seraient imprudents et suicidaires. Nuance, frontière bien ténue. Si l'on veut absolument opposer les grimpeurs, autant trouver d'autres critères, des valeurs humaines, de respect de l'autre par exemple. De toute façon, comme le dit de Bellefon, les montagnes restent « indifférentes à ces démêlées qu'inspire la vanité humaine ». Célestin n'a pas participé à « l’événement » du Clot de la Hount. En cette année1879, Il a simplement fait parler de lui en conduisant Russel aux Astazous en juillet. Il va pourtant bientôt rejoindre le duo Brulle-Bazillac. D’après "Ascensions", l'ouvrage de Brulle, avec P. Bordenave, il les accompagne, du 16 au 23 août. Dans une grande « tournée » il se rendent de Cauterets à Luchon par la Munia, le Cotiella, Les Posets et le Néthou. Le rythme est déjà impressionnant. Comment l’ont-ils connu ? Ils s’étaient auparavant croisés le 27 août 1878 en descendant l’échelle des Sarradets mais c'est certainement Russel qui a pu leur recommander. Cette rencontre sera déterminante. « Avec ces hommes Célestin va devenir le plus grand guide pyrénéen, effectuant un nombre impressionnant de premières dont certaines sont encore étonnantes ». Durant deux décennies il va hisser le pyrénéisme sportif, du point de vue technique, comme dans ses réalisations, au niveau des prouesses alpines.
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